Faites ceci en mémoire de moi

Tel est l’extrait des paroles prononcées par Jésus à travers lesquelles il a consacré et transformé le pain en son corps et le vin son sang. Nous nous pencherons sur le « ceci » et le « en mémoire de moi » sous l’angle théologique. L’ordre donné aux apôtres de faire ceci traduit la volonté de Jésus de les voir actualiser, assumer, vivre régulièrement la dernière cène. Mais dans sa vie publique, Jésus avait donné autant de signes préfigurant la dernière cène, l’action de grâce que nous appelons aujourd’hui eucharistie. Citons à titre d’exemple, l’épisode de la multiplication des pains et la catéchèse qui s’en était suivi. Après sa résurrection, saint Luc rapporte autrement le passage de la cène avec les disciples d’Emmaüs quand Jésus, étant à table avec eux, avait pris et rompu le pain, prononcé la bénédiction et le leur avait donné. Curieux de constater que c’est à ce moment que les yeux des disciples se sont ouverts et ils L’ont reconnu (Lc 24,30). Le dernier repas de sa vie (la cène) fut constitué du pain transformé en son corps livré mais davantage partagé et donné aux humains et du vin changé en son sang versé pour nouer avec eux une alliance. Le sens de l’acte et  paroles vécus le jeudi saint, s’est accompli le vendredi saint sur la croix. La dernière cène se prolonge à la crucifixion et s’achève à la résurrection. Actualiser cet événement, c’est célébrer cette alliance, cette union intime entre Jésus et nous, c’est fêter la libération qu’Il nous a obtenue sur la croix en nous arrachant de mains du diable pour nous confier à Dieu. C’est solenniser notre salut en nous délivrant définitivement de la mort. C’est célébrer la mort et la résurrection de Jésus et, anticipativement, la nôtre. C’est signer un pacte de vivre l’amour radical qu’implique sa mort sur la croix. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie à ceux que l’on aime. C’est sur la croix qu’il a témoigné de ce grand amour pour les humains. L’eucharistie à laquelle nous participons, est pour nous l’expression non seulement de l’alliance avec les personnes divines mais aussi de l’amour fraternel dont Jésus est le promoteur. C’est une action de grâce, c’est-à-dire une reconnaissance de tous les bienfaits et merveilles du Seigneur aux hommes et à l’humanité.

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En mémoire de moi ne signifie pas un simple souvenir qu’il convient de se rappeler. Cela dénaturerait l’alliance intime dont revêt l’eucharistie. Un simple souvenir s’évapore, s’oublie dans le temps, même s’il est réitéré ou évoqué. Il n’est nullement question d’un anniversaire que l’on célèbre annuellement. Nous n’attendons pas le jeudi saint pour célébrer l’eucharistie. Nous y participons quotidiennement ou hebdomadairement. Il ne s’agit pas de ressasser le passé pour entretenir notre mémoire ou pour ne pas oublier ce que Jésus avait fait et dit. Cela n’a rien à voir avec le devoir et le travail de mémoire. En mémoire de moi revêt la dimension non seulement de la permanence mais aussi de la vie réelle, du vécu concret quotidien avec le Christ. En assumant l’eucharistie célébrée par Jésus lors de la dernière cène, nous rendons effective et permanente sa présence dans nos vies. Nous rendons évidentes tant la vie de Jésus – surtout les derniers événements : repas, crucifixion et résurrection – que ses paroles dans notre existence. Celui qui vient de participer à l’eucharistie ranime sa conscience d’être le compagnon de Jésus comme l’ont été ses apôtres et ses disciples. En mémoire de moi signifie faire de Jésus le centre de sa vie à l’instar de l’apôtre Paul pour qui vivre, c’était le Christ. Le en mémoire de moi nous invite à vivre l’eucharistie non seulement pendant la messe mais également dans notre existence quotidienne. Raison pour laquelle on parle de l’eucharistie en terme de communion. En écoutant la Parole, en lui rendant grâce et en communiant à son corps, nous solidifions l’alliance qui nous unit avec Lui. C’est cette alliance avec Lui qui est le fondement de la fraternité. Nos eucharisties sont vaines si elles ne débouchent pas sur une profonde et fraternelle amitié entre les humains. L’unique façon de faire ceci en mémoire de Lui, c’est de L’aimer et de nous aimer les uns les autres. Ainsi, s’accomplira en nous la prière qu’Il a adressée à son Père : Qu’ils soient un comme toi et moi, nous sommes un (Jean 17, 21). Faisons de nos célébrations eucharistiques une véritable alliance avec nos frères humains. Prenons conscience de la phrase que nous lisons en entrant dans nos 2 églises : on y entre pour rencontrer Dieu et on en sort pour aimer les frères humains.

Denis KIALUTA-LONGANA

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