La foi n’est pas évidente

La foi n’est pas évidente 

La liturgie du deuxième dimanche de cette année 2021 donne matière à méditer. Je ne me focaliserai que sur une, à savoir la foi en partant de la thèse qu’elle n’est pas évidente, autant pour les apôtres que pour nous aujourd’hui. Trois raisons justifient cette affirmation.

La première, c’est que la foi n’est pas innée comme la raison. À ce titre, elle n’est pas naturelle et ne relève pas du ressort de l’humain. Elle est un don, une grâce que l’on obtient en s’ouvrant au Seigneur. On l’acquiert dans l’histoire de sa vie, soit au baptême, soit au cours d’une fortuite et inouïe rencontre. Par le baptême, le célébrant et l’assemblée plantent ou sèment une graine de foi dans le cœur du baptisé de manière à grandir en âge et en spiritualité – amour, foi et espérance -. Mais la foi doit être nourrie, cultivée et exploitée pour être maintenue forte et inébranlable.

Si la foi n’est pas innée, donc pas naturelle, il n’est donc pas normal de condamner les incroyants ou les athées, ni de la leur imposer, encore moins de leur faire la guerre. La foi est une adhésion libre à la personne de Dieu, de son Fils et de son Esprit. Elle demeure un appel à la confiance en Dieu en tant que Père plein de miséricorde et d’amour, qui n’a pas d’autres desseins que le salut de l’homme et de l’humanité. La foi en Dieu ne porte pas davantage sur le fait qu’Il soit créateur, absolu et puissant que sur le fait d’être Père tendre, lent à la colère, donc miséricordieux et plein d’amour.

De même qu’on n’a pas le droit de condamner l’incroyance, de même le   doute n’est passible d’aucune condamnation car il procède de la raison. De ce fait, il est naturel et humain. C’est le propre de l’homme, doué de raison, de se poser des questions, de réfléchir pour en savoir davantage. Douter n’est pas un péché mais une recherche de la vérité pour mieux assoir ses convictions. Il ne convient pas de regretter des moments de doute qui nous traversent, du moins s’ils procèdent de l’incompréhension et nous invitent à plus de lumière pour élucider les zones d’ombres et éclairer nos lanternes. C’est à cela que sert le doute. 

La deuxième raison est que l’objet de la foi est invisible. C’est Dieu. Il ne se présente pas à et devant nous comme un phénomène qui apparait et disparaît, permettant ainsi aux scientifiques de l’observer puis  d’expérimenter et de vérifier leurs hypothèses. Il est invisible aux yeux des humains. Il ne se fait voir qu’avec les yeux de la foi. À ce titre, Il échappe à toute démonstration et/ou preuve scientifique. La philosophie parvient également, par une démarche rationnelle, à l’idée de Dieu mais pas à celle de Dieu de la révélation. Sa découverte de Dieu demeure imbibée de raison. Elle peut nous inspirer mais sans plus. La relation profonde avec le Dieu biblique ne s’accomplit que par la foi.

La difficulté de croire est mise à nu surtout actuellement où, aidés par la philosophie de Descartes, nous n’entendons admettre comme vrai que ce qui apparaît clairement et distinctement dans notre esprit. Enfin, notre environnement imprégné de l’esprit scientifique où tout se démontre, se prête à la vérification, rend davantage la tâche difficile à la foi. Nos enfants évoluent dans une société où il n’est pas souvent besoin de croire mais de démontrer, de prouver et d’argumenter de manière rationnelle. Cela nécessite qu’on s’inscrive dans le domaine du visible. Or, comme le ressuscité va le dire à l’apôtre Thomas, la foi est de l’ordre de l’invisible et non du visible. «Thomas, tu as cru parce que tu as vu. Heureux sont ceux qui croient sans avoir vu ». Se contenter seulement du visible, c’est s’exposer à la difficulté de croire.

La troisième raison est d’ordre spirituel. Elle porte sur la nouveauté apportée par Jésus au sujet de la résurrection. Les croyants juifs et musulmans croient en la résurrection mais au dernier jour, à la fin du temps quand le Seigneur viendra juger les vivants et les morts. C’est la réponse que Marthe a donnée à Jésus lors de la mort de son frère Lazare. Je sais, disait-elle à Jésus, mon frère ressuscitera au dernier jour (Jean 11, 24). Cela lui avait valu la réplique suivante de la part de Jésus : Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela? (Jean 11,25) Au bon larron, Jésus a promis d’être avec lui au paradis aujourd’hui et non au dernier jour.

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La révolution introduite par Jésus, c’est de ramener la résurrection non pas au dernier jour marquant la fin du temps, mais à aujourd’hui. Il n’y a plus à attendre. Ceux qui meurent dans la foi en Lui, ressuscite aussitôt. Il en constitue lui-même la preuve. Ce n’est pas en vain que Saint Paul a dit de lui qu’il est le premier né d’entre les morts, donc le premier à être ressuscité, pour montrer qu’il a incarné la promesse de tous ceux qui croient qu’ils ressusciteront aussi avec lui. Sa résurrection est unique. Telle est la nouveauté et la spécificité du christianisme par rapport à d’autres religions monothéistes. Aussi n’était-il pas facile de balayer d’un seul revers de la main la conviction judaïque des apôtres au sujet de la résurrection. Il leur avait fallu se convertir à la nouvelle donne introduite par Jésus.

Voilà pourquoi, après sa résurrection, Jésus s’était mis à apparaître à ses apôtres. Trois raisons peuvent justifier ses apparitions. La première, c’est la volonté de raffermir la foi des apôtres à sa résurrection, de dissiper tout doute dans leurs esprits, de les convaincre qu’Il est vraiment ressuscité, vivant et parmi eux. Raison pour laquelle il leur avait donné le souffle de l’Esprit pour, notamment, renforcer cette conviction à sa résurrection. C’est ce qui avait fait dire à Saint Paul que si Christ n’était pas ressuscité, vaine  était notre foi . 1cor 15

La deuxième, c’est le désir ardent de les libérer de leurs peurs. Il convient de signaler, comme l’a indiqué l’évangéliste, qu’ils s’étaient enfermés, les portes bien verrouillées de peur de connaître le même sort que leur maître. Voilà pourquoi la première parole du ressuscité à leur endroit, était celle de paix. Ce faisant, Jésus les a délivrés de leur enfermement, de la peur de prendre le risque pour les orienter vers le courage prophétique et missionnaire. Alors que la peur les avait immobilisés, enfermés, la libération les avait mobilisés et ouverts au témoignage et donc à la mission.

La troisième raison, c’est la mission. On ne peut accomplir cette mission qu’en étant convaincu et en paix puisqu’on ne donne que ce que l’on a ou l’on a reçu. Les apôtres avaient eu l’avantage d’être d’abord à l’école de Jésus. Ils l’avaient accompagné partout, avaient écouté ses enseignements et vu ses œuvres. Ensuite, ils avaient été témoins de sa passion, sa mort et sa résurrection. Enfin, ils avaient reçu l’Esprit Saint. Tout cela leur avaient donné du punch pour prendre la relève. Nous croyons parce que les premiers témoins oculaires nous avaient transmis leur expérience du et avec le Ressuscité. Notre foi, comme notre Église, est apostolique.

Si le témoignage des apôtres nous est parvenu aujourd’hui, c’est parce que de génération en génération, la chaîne de transmission n’a pas été brisée. C’est cette chaîne qu’on appelle tradition (qui n’a rien à voir avec le traditionalisme, ni le conservatisme). Si, à notre tour, nous sommes aussi convaincus que Christ est ressuscité et est vivant parmi nous, il nous revient de perpétuer cette tradition en continuant de transmettre notre foi à des générations montantes. Certes, la tâche n’est pas des plus facile, ni des plus belle vu l’environnement très souvent hostile à la foi, au religieux parce que sécularisé et désenchanté à outrance. Nous l’avons démontré ci-dessus. Cependant, il demeure notre environnement et notre époque. C’est dans cet environnement plein d’obstacles à la foi que le Seigneur nous envoie en mission. Qu’à cela ne tienne, il suffit de s’ouvrir à la grâce du Seigneur et à son Esprit, d’être convaincu et finalement de témoigner. Nous n’avons qu’à semer. C’est le Seigneur qui fera le reste.

Bonne fête de Pâques !

Denis KIALUTA-LONGANA, prêtre et professeur

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