La messe en temps de COVID

Kieffer

Pour m’intégrer à la paroisse de l’église, devant laquelle, depuis des mois, je passais pour aller plus loin, j’en ai franchi le porche poussé par une intuition, celle de m’enraciner dans mon lieu de vie. Quelques semaines plus tard, à la demande du curé, je m’étais intégré à la chorale en voie d’être lancée. 

En cette période de Covid, en ce temps où la participation libre et entière est bien mise à mal dans l’église, par l’épidémie, je me pose la question. « Qu’est ce qui fait que pendant 15 ans, plus ou moins, chaque dimanche, avec l’organiste, quelques choristes, et notre chef de « coeur » j’ai participé, avec joie et fidélité, à la répétition du mardi et à la messe chantée du Dimanche, ce mémorial ?

Combien de générations avant moi, avaient fidèlement été présentes, dans cette église millénaire, à ce temps de mémoire d’un événement ancien et nouveau chaque fois, la Messe.

Que m’apporte cette période d’absence, de manque ? Un temps de réflexion pour me poser la question « Qu’est-ce qui est essentiel. Qu’est-ce qui était attirant dans la messe ? »

Curieusement la réponse qui me vient est de ne pas laisser tourner l’essoreuse, ce mouvement permanent, rapide, épuisant qui ne me donne plus de sens, aux activités qui se succèdent et qui m’assèchent.

Ah, que j’apprécie le mouvement lent de la nature, qui progressivement s’exprime autour de moi, dans sa marche lente, dont j’apprécie les étapes, lente montée de la sève dans l’achèvement des feuilles, des fleurs, de la reproduction des fruits puis d’un retour à la phase de repos, grande respiration annuelle.

Rythme de l’année liturgique, où chaque année l’on re-parcourt la vie du Christ, sa mort, sa résurrection pour en percevoir chaque année les fruits différents.

Avec la chorale, dans un océan de partitions, de textes rythmés, de poésie, de rythmes apaisants, de notes musicales, nous avons vécu toutes sortes d’émotions, avec les paroissiens en écho, qui nous soutiennent par leur présence et leurs voix.

Nous vivions une communauté d’âmes. Nous louions, notre créateur et tous ses bienfaits, son soutien dans les moments difficiles, dans tous ces moments, où entourés, nous cheminions et priions.

Nous sommes acteurs, présents, attentifs à notre temps, accumulant les découvertes des générations précédentes, ses efforts de compréhension, ses réalisations matérielles e. a. la construction de notre église.

La grande famille chrétienne, dans ce temps, dans le temps est là, discrète présence.

Nous ne sommes pas des spectateurs, comme devant la télévision, isolés, effacés, non reliés.

La messe nous rassemble, permet l’action de chacun, l’interaction toujours à renouveler dans la solidarité légère et discrète, la simple présence, le petit mot, le sourire, l’acceptation de la différence, des talents.

Qu’est-ce qu’une chorale sans auditeurs, sans encouragement, sans support ?

Qu’est ce qui nous nourrit, sinon cette mémoire, ce moment, symbole de la place « que le Seigneur » nous propose, pour revivre chaque fois, souvent, sa mystérieuse présence. 

Chaque jour nouveau, chaque semaine à besoin de son point de ralliement, de ce moment de réflexions, de prières, où ensemble, nous sommes réunis en son Nom pour ce cheminement, cette présence dans le temps, notre temps.

Moment de ressourcement qui dit, à l’Ite Missa Est, que nous sommes invités, la porte franchie, à être le plus souvent possible, accueillants, présents, souriants de cette eau puisée dans cette rencontre, ce moment de prière et d’actions de grâce.

André Boxus

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